amour fou
novembre 20th, 2006 § 23 Commentaires
J’avais prévu l’inviter à l’église pour notre première rencontre après sa sortie de l’asile. Il fallait d’abord que je lui prépare le repas qui allait mettre le feu à son palais royal.
Mon plan était on ne peut plus prêt. La liste des deux ingrédients était vérifiée, revérifiée, re-revérifiée depuis plusieurs jours.
J’ai attendu que personne ne se trouve dans la rue pour aller très vite à l’épicerie avec mon masque de chat et mon ballon d’hélium que j’utiliserais si j’avais besoin de parler incognito. Je ne voulais pas être reconnu par les autres membres de l’Agence!
Je suis arrivé à l’épicerie dans une crise aiguë d’asthme tant j’avais couru, mais personne ne m’avait vu, heureusement. De toute façon je suis presque invisible quand je cours. Je me savais en sécurité à l’épicerie, j’étais en territoire "neutre". Ce n’était quand-même pas une raison pour perdre mon temps, ma femme-chat arrivait bientôt car la veille c’était la pleine lune. J’ai acheté huit caramels mous et les sept plus gros poissons disponibles. Je me suis chargé moi-même de les peser pour en être bien sûr. J’ai dû user de violence pour faire valoir mes droits, j’ai crié après avoir rempli mes poumons d’hélium: "Poussez-vous, sales rats!" Je ne voulais pas qu’ils essaient de me refiler leurs petits poissons de sardines ridicules! Jamais! J’avais beaucoup d’argent que l’Agence venait de m’envoyer en utilisant mon nom codé que je ne vous dirai pas.
Aussitôt arrivé chez moi, j’ai minutieusement fourré les caramels dans la gueule des poissons. Le huitième caramel je l’ai mis au fond de ma poche pour parer à toute éventualité. Au cas où…
Le grand moment de la préparation est enfin arrivé. J’ai fait cuire les poissons à une très haute température. En peu de temps une dense fumée noire a complètement pris possession des lieux dans une rage incontrôlée. J’ai ouvert la porte de la cuisinière pour tenter de récupérer les sept caramels, mais je ne pouvais pas m’approcher!
Le feu!
Les poissons brûlaient dans des terribles hurlements! Ils me regardaient sans cesse, tous ! Leur chef s’est levé et a signifié aux autres poissons que j’étais le responsable de cet enfer. Ils se sont jetés sur moi avec démence… me frappant avec leurs torches incandescentes de caramel. Mes vêtements qui étaient imbibés d’essence (encore un plan machiavélique de ces foutus poissons!) ont pris feu instantanément. Ils ont poussé ma tête de chat dans la cuisinière et ont attendu que tout brûle, ces terrifiants kamizakes des eaux japonaises. On m’avait vendu des poissons ennemis qui s’étaient infiltrés!
J’étais cuit.
Elle s’est présentée à l’église pour mes funérailles. Au lieu de fleurs, elle a apporté une boîte de caramels. Elle m’aimait tant cette folle…
Mot fin de la fin
octobre 19th, 2006 § 11 Commentaires
Le dernier mot d’un texte est primordial
s’il est question d’y avoir le dernier mot.
Ce mot doit, pour les autres, être irritant.
Joue contre joue
janvier 12th, 2006 § 25 Commentaires
Careless Nazdamour, chanteur Hexarménien protohistorique en maraude, vous chauffait l’âme de ses vers satiriques…
Viens découvrons toi et moi les plaisirs démodés
Ton cœur contre mon cœur malgré les rythmes fous
Je veux sentir mon corps par ton corps épousé
Dansons joue contre joue
Dansons joue contre joue
Ton cœur contre mon cœur malgré les rythmes fous
Je veux sentir mon corps par ton corps épousé
Dansons joue contre joue
Dansons joue contre joue
Joue contre joue?
Bla! Bla! Bla!
À deux? Comme c’est méprisable!
Les temps ont heureusement bien changé en Hexarménie. Les plaisir démodés qui jadis étaient partagés sont devenues pénibles agaceries. La joue a évoluée, laissant derrière ses puzzles agonisants de socialisation.
Joue contre joue!
Aussi bien ingurgiter naïvement des bolets Satan! Cette chanson que vous écoutiez nous dégoute profondément.
Génération mièvre que la vôtre!
Nos propres joues font désormais la paire. En Hexarménie nous pratiquons le piercing autarcique.
D’ailleurs Nazdamour en texte troué est déjà mieux:
Dansons j__e contre j__e
Dansons j__e contre j__e
Dansons j__e contre j__e
Le piercing autarcique nécessite une intervention mineure qui consiste à percer chacune des joues afin de les relier de façon permanente. On peut avoir un lien soit souple, soit rigide. J’ai opté pour le lien rigide. Une tige en or d’un centimètre de diamètre est fixée de manière permanente par une pièce d’orfèvrerie personalisée. Sur chacune le mes joues se retrouve une petite excroissance métallique. Il a bien sûr fallu éliminer quelques dents pour que je puisse fermer la bouche mais cet inconvénient est mineur comparativement à la joie que me procure mon autarcie des joues.
Vous ne pouvez pas comprendre.
Inspirone
novembre 25th, 2005 § 10 Commentaires
Faustroll à l’urgence
(Après avoir passé près de huit heures d’attente à l’urgence de l’Hôpital “Personnel Sexy (nouvelle administration)“, Faustroll, à qui on a attribué le numéro B69, pourra finalement se faire recevoir par le médecin de garde. Il se lève péniblement car son sac est très chargé: il contient l’oeuvre intégrale de J.D. Salinger en format poche. Il se présente à l’isoloir où l’attend le médecin – ou plutôt la médecine – qui porte un joli kit de belle-soeur sexy. Un infirmier en g-string est également présent par mesure préventive. On prône la prévention dans ce réseau. Leur slogan? La prévention c’est sexy. Le médecin s’adresse alors froidement au patient: )
Médecin: “Prenez place, numéro B69.“
Faustroll: “Appellez-moi Serguéï, Serguéï Faustrollovitch.“
(Elle le regarde, son attitude change immédiatement. Elle craque. Wizzz! Bam!)
M: “Mmmm… Très bien! Serguéï, c’est un prénom sexy, très sexy. Qu’est-ce qui vous amène? Il y a beaucooup de cas de troubles érectiles causés par le pédalo par les temps qui courent. Est-ce votre cas? J’espère que non! Ce serait dommage…“
F: “Oh vous savez, à mon âge! Il y a pire!“
M: “Vous êtes social-démocrate refoulé?“
F: “Si peu, si peu… Non, je viens vous voir d’urgence car je crois avoir un trouble hormonal grave. Je suis persuadé que mon taux d’inspirone est dangereusement bas. Est-ce possible?“
M: “Oui, sans aller jusqu’à établir de correlation significative, j’en vois beaucoup de ça aussi. Faisons-un petit test sexy si vous le voulez-bien.“
F: “D’accord.“
M: “Dites-moi quelque chose d’inspiré, de sexy.“
F: “Maintenant?“
M: “Oui, sur le champ.“
F: “Bon.“
(Faustroll remonte ses lunettes kaléidoscopiques et s’imagine en train de danser un slow rock avec sa partenaire sexy, pour s’inspirer. Il dit enfin: )
F: “L’égo n’est pas un bloc.“
M: “C’est tout? C’est ce que vous avez trouvé de mieux?“
(Faustroll, honteux, comme un homard cuit, rougit.)
F: “Voui…“
M: “Il faudra faire des examens plus poussés, mais je crains le pire. Faisons quelques tests de routine.“
(Le Médecin plaçant son stéthoscope sur les parties intimes de Faustroll lui dit: )
M: “Inspirez!“
(Faustroll inspire)
M: “Encore!“
(Sans expirer, Faustroll inspire de nouveau)
M: “Comme votre inspiration est profonde! C’est très sexy! Vous faites vraiment 8 heures de pédalo par semaine? C’est près de trois fois la limite permise, vous savez… Vous vous en tirez très bien!“
F: “Je sais, je ne suis pas un dégonflé, tout de même…“
M: “Très bien. Je vous envoie immédiatement voir un inspirothérapeute. Revenez quand vous voulez!“
(Le médecin fait signe à l’infirmier en g-string qu’il doit amener Faustroll au département d’inspirothérapie. L’infirmier, tout sourire, demande à Faustroll de le suivre. Il obtenpère, mais de loin. Quelques minutes plus tard, ils arrivent au département d’inspirothérapie. L’infirmier va se cacher sous le bureau et miaule très faiblement. Faustroll aperçoit la technicienne en inspirologie. Elle a un look inspiré des lutteuses dans le jello.)
Inspirothérapeute: “Hello.“
F: “Je… j’… hello.“
(L’inspirothéraupe regarde déjà le dossier de Faustroll qui se trouve sur le web. A la lecture de ce dossier son visage reste d’acier. L’acier et le jello ne font pas bon ménage, quoique l’effet est saisissant, et fort sexy.)
I: “Bon, je vois. Les symptômes durent depuis quand?“
F: “Les problèmes ont commencé il y a huit jours.“
I: “Je dirais plutôt deux mois. Mais bon, si vous le dites.“
F: “Pouvez-vous m’aider? Mon nom est Serguéï, Serguéï Faustrollovitch.“
(La thérapeute soudainement se met à sourire et tente de rejoindre Faustroll du pied mais écrase en fait l’infirmier toujours réfugié sous le bureau. Il pleure à chaudes larmes, ce qui ne décourage pas la thérapeute. Elle dit d’une voix mielleuse: )
I: “Bien sûr. Un peu d’inspirone et le tour est joué, sexy…“
F: “Et… sous quelle forme?“
I: “Pour les cas d’obtusion grave, c’est sous forme de poire d’espoir sexy; mais pour vous ce sera des comprimés de kératine. La kératine contient de l’inspirone, ce qui donnera des ailes sexy à votre inspiration. Moi j’en prends tous les jours, avec du ginseng. Le mélange est fameux…“
F: “Comment puis-je vous remercier?“
I: “Repassez quand vous voulez… Serguéï… Grrrr…“
(Faustroll se procura donc une grande quantité d’inspirone sous forme de comprimés de kératine. Les résultats furent phénoménaux: ses ongles sont devenus très durs et longs… mais pas autant que ceux de la thérapeute. Ouch!)
A bord de mon luxueux pédalo
novembre 10th, 2005 § 20 Commentaires
Météo sordide
Je suis sur mon pédalo et la mer est déchaînée. Mon gouvernail est abimé; j’espère qu’il ne m’abandonnera pas. Les violentes rafales menacent de faire chavirer mon embarcation. J’ai déjà perdu mon avertisseur sonore, deux réflecteurs et une partie de ma collection personnelle de machines molles. Je pédale en pure perte: les côtes du Portugal sont encore loin. Je n’y arriverai jamais…
Les machines molles
Une de mes machines molles était absolument essentielle puisqu’elle me procurait le lait si bénéfique pour mon teint.
Je n’ai qu’eu le temps de prendre deux verres de lait en ce jour… Le troisième est toujours dans la machine. Pourquoi cet orage pour nous séparer moi et machine, machine et moi? Que seront les conséquences de cette carence annoncée? Le désordre pigmentaire?
La perte de mes machines molles est catastrophique. Prenez un autre cas: celui du beurre. Le beurre? Terminé. Mon foie va exiger compensation, c’est certain. L’équilibre avec mon jéjunum est rompu. Vous connaissez l’inéluctable théorie des dominos? Le beurre assure l’équilibre des forces dans notre corps. Sans beurre il y aura querelles intestines et désordre gastrique!
Je suis…
Je suis si fatigué. J’ai si froid. Il y a très longtemps que je me démène contre les éléments. La pluie me pique au
visage sans répit.
Je sais que je dois le faire, mais je n’en ai pas du tout envie. C’est le moment de se brosser les dents: c’est le soir.
J’ai faim. J’ai toujours ma machine molle à pain de blé complet et une poule (le surnom donné à la machine molle qui produit des oeufs). Je pourrais combiner ces deux ingrédients! Non, hélas, c’est impossible. Cela ne change rien à l’affaire. Il m’est interdit de manger fatigué. Pour avoir une vie bien ordonnée, je dois dormir 10 heures avant de pouvoir manger quelque chose.
Peut-être qu’un peu de laxatif serait permis? Celui que j’ai apporté a un délicieux goût de chocolat! A 134 ans le laxatif est une récompense. La récompense de la longévité… Puis-je atteindre mes réserves, derrière moi? Ce vent et cette pluie sont si intenses que le moindre faux mouvement et je perds tout. Sans laxatifs je deviendrais un autre Evguénie Sokolov.
Prudence. Ça y’est! J’y suis! Mmmmm…. Quel plaisir intense. Oh! Ces laxatifs sont vraiment très puissants… Ils ont chassé les nuages du ciel! La lune est revenue!
Ah! Ces idiots qui respectent la posologie!
Rivage
Que vois-je? La terre! Le Portugal, enfin! Pédalons! Terre! Le Portugal! Euhhh… non. C’est la France, bon. L’orage m’aurait-il fait dévier? Il y a un immense panneau avec un gros coq. C’est la France, c’est sûr. Approchons-nous davantage pour lire le message qu’il porte. Oui, je peux lire. Enfin je crois:
Une fois en France:
Lavez-vous bien le cou pour contrer le désordre!
Ministère de la Défense et de la Santé
Quelle histoire! S’ils croient que je vais me conformer! Jamais! Aïe! Un geste brusque de trop! Non… Pas ça… J’ai attrapé un torticolis…
Là j’ai vraiment le feu au cou!
Et tiens! Je mets le feu à mon pédalo!
Ploguons nos bobos, deuxième partie
septembre 14th, 2005 § 7 Commentaires
[NDLR: Après un détour pédagogique nécessaire retournons à notre activité préférée.]
Vous savez l’enveloppe corporelle est une source incessante de tracas, surtout à mon âge avancé. Laissez-moi vous raconter ma dernière mésaventure en ce bas monde.
J’étais entre deux rêves. Je voguais sur l’eau sur mon luxueux pédalo. Je provenais du rêve ou je dors et je me dirigeais vers celui qui me fait vivre. Bref, je progressais allègrement au doux son des clapotis aqueux.
Soudain, mon genou, par une suite de craquements sourds m’interrompit. La douleur était vive et l’autre rêve encore loin.
Mon genou me dit:
-"Et ton âme? Ton âme errante Faustroll?"
Surpris et inconfortable je lui intimai l’ordre de se taire. J’ajoutai sans lui laisser de répit:
-"Il n’y a pas de place ici pour les articulations aussi articulées! Pousse! Demi-silence! Pousse!"
Mal m’en prit…
Les craquements redoublèrent et l’écho les amplifièrent. Une pluie de Rice-Krispies se mit à tomber. Quand on est sur l’eau ce n’est jamais bon signe…
Faustroll