Conversation de gare

mai 3rd, 2006 § 15 Commentaires

-Voyageur! Conversons si vous le voulez bien.
 
-Soit, je veux bien, mais laissez-moi choisir le thème.  Ce sera le principe d’identité. 
 
-D’accord au principe de cette conversation sera l’identité.  Quelle est donc la vôtre?
 
-Elle est illusion.  J’ignore mon signalement, mon nom, mon origine, mon métier…  Je tenterai éventuellement de découvrir ces secrets.  Si j’en ai la force et l’audace.
 
-C’est une démarche désolante de sarcasme.
 
-Certes.  L’ironie est au gagnant ce que le sarcasme est au perdant.
 
-Dites-moi l’ami, serait-ce exact de dire que vous ne savez pas d’où vous venez?
 
-C’est exact, cela m’échappe.  Je l’ai sans doute su jadis.  Rien toutefois ne m’empêche d’être considéré comme voyageur.  Cette appellation neutre me convient, quitte à être perçu comme un fidèle de Dieu. 
 
-Alors vous n’êtes pas croyant.
 
-Je le suis peut-être.  Cela n’a pas d’importance.  Cela ne fixerait que la destination.  La destination m’importe aussi peu que l’origine.
 
-Certes votre voyage se fait dans l’indifférence, mais savez-vous au moins où vous allez? 
 
-Je souhaite aller plus haut, toujours plus haut.
 
-Et comment je vous prie? 
 
-Par la précieuse lumière.  En train de lumière.  Baignant mon corps dans une mer de blé. 
 
-En train de lumière!  Qu’est-ce à dire?
 
-Le train est mouvement.  La lumière est vie.
 
-Et le blé?
 
-Le blé est or.
 
-La mer?
 
-La mer est musique.  Je me plais à imaginer ce train sans début ni fin, dans un perpétuel déplacement.  Doré.  Pur.  Ondulant.
 
-Et il arrivera bientôt ce train, voyageur?
 
-Non, il n’arrivera jamais.

Tour Conformix

avril 15th, 2006 § 38 Commentaires

Las des ombres quotidiennes, Faustroll décida un matin de quitter sa caverne mythique pour aller observer l’humain là où il se trouve en plus grand nombre: à la ville.
 
La chose ne l’effrayait pas puisqu’il avait déjà vu quelques spécimens d’humains ordinaires auparavant.  Il avait même eu l’occasion de s’entretenir avec eux en Mentalais.  Ils furent presque tous d’un commerce agréable mais peu eurent un effet durable sur lui.  Certains surent, en de rare et précieux moments, donner à Faustroll une lumière nouvelle pour aller son chemin avec plus de conviction et de légèreté.  Puis il avait simplement envie d’observer les moeurs du temps chez les citadins.  Pourquoi?  Lui-même n’en était pas certain. 
 
Quand il se posa la question mère de toute les questions, le Pourquoi?, il chuchota pour lui-même, n’osant répondre par autre chose que par une question.
 
"Cette quête de sens, c’est une utopie?" 
 
Il avait une pensée pour Borges et la bibliothèque de Babel.  Il pensa:
 
"La quête du sens n’est que processus sans fin.  Ce processus c’est la vie." 
 
Lui d’ordinaire si preste à rejeter les affirmations sans fondements s’y laissa prendre cette fois.  Il faut le dire, Faustroll n’avait jamais déclaré son infaillibilité papale.
 
Avant de quitter sa caverne il se dit:
 
"Quel effet aura ce voyage sur moi?  Que perdrai-je en échange de ce que je vais gagner?"
 
Il regarda sa caverne en sachant très bien que son prisme intérieur ne séparera plus les couleurs de la même façon à son retour.  Il pourrait renoncer.  Il est encore temps.  La curiosité aura le dernier mot:
 
"O tempura! O mores!"
 
Son baluchon à la main il entreprit son odyssée, à l’aube d’un matin gris et pluvieux.  La route n’était pas longue. 
 
Il aperçu en levant les yeux au ciel une immense tour. Il se dit alors:
 
"La plus haute tour devrait contenir les humains les plus élevés.  Ce sont eux qui auront droit à ma visite."
 
C’est connu Faustroll est un excellent piéton.  Il se posta bientôt devant cet immeuble, le plus élevé de la ville.  Il fût pris de vertiges en tentant de regarder le faîte de la tour. 
 
Il aperçu une pierre sur laquelle était gravée l’inscription suivante:
 


Tour Conformix

Haute de 224 étages dont 68 sous la terre.
Les étages sous-terrains sont construits à la manière de racines profondes et dispersées.
cette tour ne peut pas tomber, le vent est vaincu.


 
Il est maintenant temps d’entrer.
 
Une fois la porte franchie, les sandales boueuses et usées de Faustroll foulent le sol marbré du lobby.  L’ascenseur?  Non.  L’escalier, oui.  La fatigue de ses jambes détermineront la hauteur à laquelle Faustroll mérite d’aller.  Un choix basé sur le mérite n’est pas toujours le choix idéal, mais ces idées sont trop éloignées de Faustroll pour l’ébranler.  Il monte.  L’escalier est désert.  Quarante-deuxième étage.  Faustroll monte et monte.  Cent vingt-huitième étage. 
 
"Voilà, ce sera ici, je ne voudrais pas que l’on puisse trouver des cernes sous mes bras!"
 
C’est le côté coquet de Faustroll.  Il se manifeste rarement mais aujourd’hui on en a un bel exemple.
 
"Ce sera cet étage: 128! C’est pas si mal.  Ça me permettra de m’adapter avant d’aller plus haut." 
 
Le cent vingt-huitième étage.  Il entre.  Il observe l’activité humaine.  Faustroll demande:
 
"Pardon, quel forme de société est-ce ici?"
 
On lui répond avec mépris:
 
"C’est la société Conformix Illimité.  Et vous, vous êtes?"
 
Pour éviter l’éviction Faustroll s’adapte rapidement et répond:
 
"Je suis un client, et je veux connaître l’avancement du projet!"
 
Il avait visé juste, son flair lui a inspiré la nécessité de choisir le rôle le plus vil mais le plus sécuritaire pour sa quête.  On lui offrit un café.  Il le refusa.  Un thé.  Autre refus.  Un nectar de fraise.  cette fois il accepta volontiers.  On lui apporta.  Faustoll remercia l’employé en lui offrant une pièce d’or.  On lui baisa les pieds.  Le
geste le surprit, il se dit alors:
 
"Pas au cent vingt-huitième étage quand même!"
 
On vint le voir.  Une réunion fût organisée en catastrophe.  Trente-deux personnes prirent place autour le l’immense table de réunion.  On s’affairait à montrer que tout allait bien.  On allait faire une présentation mais Faustroll fit un geste de la main et dit:
 
"Non, je vais parler."
 
Un silence de peur régna dès lors.  Faustroll dit:
 
"Je vais vous expliquer comment faire un vibrato de la voix.  Si vous le permettez, je ferai également une démonstration de comment faire l’amour.  Je n’ai besoin pour cela que d’une fille sexy et cool.  Une volontaire?"
 
Du silence de terreur un voix retentit:
 
"Bullshit!"
 
Faustroll ne connaissait pas le bingo-bullshit.  Une importante activité dans les grandes tours.
 
Il répondit simplement:
"Ce sera donc vous, chère Bullshit."
 
Elle consentit, puisqu’il était le client (et sexy avouons-le!)  Faustroll fit quelques vibratos pour se réchauffer puis procéda à la démonstration, dans l’enthousiasme général, au centre de la table. 
 
Toute quête a un prix. 
 

Billet gagnant

avril 6th, 2006 § 23 Commentaires

Faustroll
 
 
Conclusion
 
Absurde et logique.
Ordre et désordre.
Marmotte et raton.
Soupe au chou et protubérances mal définies.
 
 
Développement
 
 
Le désordre et l’ordre ont chacun plusieurs acceptions, la langue est ainsi faite: molle et floue.  Rien n’est univoque.  Il faut savoir en profiter.
 
L’idée subversive fondamentale est la suivante: l’ordre, exprimé par toute forme de règle, doit être connu intimement mais violé avec nonchalance.  Le désordre ordinaire est, en soi, insignifiant.  Il n’a pas de signification, c’est du bruit.  Un sac de poubelle éventré par un raton.
 
P.S.
 
 
Le désordre organisé par contre n’est désordre qu’en apparence.  Avec de l’imagination le cocktail est Molotov.
 
Dodécaphonisme…
Dadaïsme…
Pataphysique…
 
 
Développement (bis)
 
 
Plus concrètement la grammaire:  apprendre à écrire décemment est un apprentissage laborieux.  Elle est condition nécessaire – mais non suffisante -  au plaisir érudit du désordre.  L’apprécier exige talent, le pratiquer est un art dérisoire.
 
Dire que le monde est absurde ou ne l’est pas ne dépend pas du monde, mais bien des mots.  décréter le monde absurde? Nous n’avons qu’accès à des comparatifs logiques issus de l’imaginaire ou de bêtes préjugés moraux.  Affirmer le contraire est beaucoup plus absurde.
 
L’absurde en général fascine assez peu. Il est habituellement confondu avec humour absurde, qui est confondu avec humour, qui est confondu avec système de règles pour faire rire.  Est-ce que je viens de faire une blague?  Spontanément? Ici?  Dans ce contexte?  Jeudi?
 
Dans l’absurde, c’est la transgression de la logique qui nous aspire comme un trou noir de la pensée.    Pourvu qu’il y ait pensée et aspirateur au préalable…  Sans électricité, pas d’absurde.
 
 
Introduction
 
 
Le côté obscur?  Ce n’est que la poésie des contraires.

Qui ne suis-je pas?

mars 20th, 2006 § 40 Commentaires

Je ne suis pas idiot.

Je ne suis pas à prendre au pied de la lettre.  Que ce soit X ou 3.

Je ne suis pas celui qui pense que 3 est une lettre, puisque je ne suis pas idiot.

Je ne suis pas pieds nus, mes chaussettes sont à demi enfilées, dans le confort de l’hésitation.

Je ne suis pas celui par qui le scandale arrive.  Je le laisse passer devant sans résistance par contre.

Je ne suis pas assez fou pour croire que je suis sain d’esprit.  Je vis sereinement cette contradiction sans médication.

Je ne suis pas celui qui porte la cravate le jour et les bobettes de fourrure la nuit.  En tout cas pas dans cet ordre.

Je ne suis pas artiste à gogo.  Je n’y aspire pas.  J’ai renoncé.  J’ai déjà trop renoncé d’ailleurs.

Je ne suis pas aussi bon que j’aurais aimé être.  Dans tout et n’importe quoi.  La lucidité est cruelle.

Je ne suis pas toujours celui que j’aurais aimé être.  Pour vous non plus.

Je ne suis pas instable et ça me cause des tas d’ennuis.

Je ne suis pas croyant, malheureusement.

Je ne suis pas dépendant.  Ni affectivement, ni politiquement.

Je ne suis toujours pas idiot.  Ceci dit avec moins de convictions que la première fois.  Vous l’avez senti puisque vous non plus ne l’êtes pas.  Vous sentez ces choses-là, malgré votre déni.

Je ne suis pas toujours heureux.  Ce qui prouve que…

Je ne suis pas un robot.  Ça ne m’empêche pas d’aimer écouter les robots parler de bonheur.

Je ne suis pas négatif.  Ma polarité négative n’est que grammaticale.

Je ne vous suis pas, ni de près ni de loin.  Je vais mon propre chemin, boueux.

Tu deviendras qui tu es

janvier 27th, 2006 § 33 Commentaires

Tu ne me connais pas encore?  Je suis Serguéï Faustrollovitch et, oui, j’ai ma propre business humanitaire.  Je donne au monde les couleurs philosophiques et le relief qui lui manquent.  Je suis maître-tatoueur certifié par l’Institut Albert-Prévost.

J’ai à mon actif plus de 4600 tatouages et autres altérations corporelles de superficie.

L’enveloppe, c’est toi; le timbre, je m’en charge.

Tu l’auras compris, une enveloppe qui n’est pas affranchie n’arrive pas à destination sans la pitié du facteur.  Ton corps n’est pour toi qu’un vaisseau inerte?  Sans identité, sans orientation, sans but?  Tu devrais alors lire la suite…

Pour t’aider à devenir la personne que tu as toujours rêvé d’être, je vais te présenter quelques-unes de mes oeuvres.  Ma philosophie est simple: la croissance vient de l’excroissance symbolique.  Le relief et la couleur que l’on apporte à son enveloppe sont une source d’identité positive et énergétique.

Le marquage du corps, l’action différenciatrice par excellence, aide à la mise en place chez toi d’une confiance auto-construite permanente. Tu peux alors défier les règles de la société sans être inquiété par la pression du cercle social.  Je sais que les vérités que j’exprime ici te sont difficiles d’accès.  La société te pousse à obtenir de la confiance par le conformisme et la soumission.

On te ment.

Viens me rencontrer, je saurai lire en toi et découvrir l’altération corporelle qui te conviendra le mieux pour trouver la place UNIQUE qui est la tienne. Pour te mettre en confiance, je vais te présenter quelques-unes de mes spécialités.  Tu verras le haut standard de qualité que j’ai atteint.

Il y a tout d’abord les tatouages glow-in-the-dark qui sont assez populaires chez ceux qui recherchent une confiance discrète, subtile, ou ceux qui ont une vie professionnelle dans un milieu conservateur.  Ce sont des tatouages qu’il est impossible d’apercevoir à la lumière du jour.  Une fois les lumières éteintes, tu pourras apercevoir le motif.  La nuit tu te transformeras en la personne que tu es réellement.  Mon offre t’intéresse?

Pour développer ta personalité le tatouage est essentiel.  Quand un enfant me demande de lui faire un tatouage, je n’hésite pas, même si l’enfant n’en a pas parlé à ses parents.  La semaine dernière un garçon de 6 ans est entré avec les 100$ nécessaires.  Je lui demande ce qu’il voulait, il me montre un dessin minable.

J’ai commencé le travail immédiatement.  C’est quand même désagréable d’entendre les enfants pleurer.  Et ils sont si grouillants.  J’essaie de passer outre mon dégoût car c’est pour leur bien.  Sa vie sera UNIQUE.  Que veux-tu, être tatoueur, c’est une vocation.

J’ai beaucoup de clientes qui se font placer – à ma suggestion -  une lune sur la peau des fesses.  C’est symbolique de la nuit.  J’adore la symbolique et j’adore la nuit.  C’est pourquoi je leur offre 25% de rabais.  Pas sur le prix, mais bien sur taille du tatouage.  Je le fais plus gros.  J’ai eu un cas ou une cliente a été surprise de voir la pleine lune là où elle s’attendait à voir uniquement le premier quartier.  Elle n’avait tout simplement pas confiance en elle!

Ici c’est normalement moi qui décide ce qui sera le mieux pour toi.  C’est mieux ainsi, ça évite des erreurs.  Je te pose cinq questions et te fait piger trois cartes afin de déterminer tes besoins.  Il faut que tu me fasses confiance, je suis maître de mon art.  J’ai développé une technique UNIQUE pour lire en toi tes besoins.

Habituellement je suggère le tatouage à ceux pour qui leur image ne reflète pas leur réalité intérieure.  C’est une forme de recalibrage du corps pour atteindre la synchronicité entre la raison et l’amour propre.  Pour certains la solution est l’implantation d’objets sous-cutanés.  C’est pour ceux qui ont un vide intérieur à combler.  C’est pour ceux qui sont synchronisés, mais trop bas.   Et toi?  Qu’est-ce qui te donnera ton équilibre?  Y as-tu pensé?

On m’a déjà demandé un implant de type cochléaire.  J’ai fait la sourde oreille.  J’ai suggéré – il fallait presque crier – une oeuvre hybride: un tatouage représentant un appareil radio sur le front accompagné d’une antenne de 30 centimêtres fixé à l’oreille externe par des ancrages au lobe et au pavillon de l’oreille.  Ce que la science ne peut pas encore imaginer, je le mets déjà en pratique.

Parallèlement, je suggère aux aveugles l’ajout d’une autre paire d’yeux sur leurs paupières, mais sans relief pour augmenter les chances de voir leur condition s’améliorer par la force du transconscient.

Si tu es aventureux j’ai aussi ce qu’il te faut.  Je t’implanterai des biscuits chinois sous la peau des dents.  Le message contenu dans le biscuit peu à peu se dispersera dans ton corps et ta personalité se mettra lentement  à changer.  C’est un peu risqué mais l’audace libérée est une source d’excitation soutenue.  C’est ultra énergétique.  J’ai des clients qui reviennent chaque mois avec un nouveau biscuit!  Seras-tu l’un d’eux?  J’en suis convaincu.

Moi, Serguéï Faustrollovitch, je te le garantis.  Si tu n’es pas satisfait par tes tatouages ou implants, je te rembourse, mais je ne reprends pas la marchandise par contre.  Je fais toutes mes altérations superficielles au tarif habituel, soit 100$ l’heure.

Alors si ta vie t’ennuie, si tu es perdu, si ton corps n’est pour toi qu’un immobile amas recyclable passe me voir, je te ferai reprendre ton destin en main en te rééquilibrant par l’altération de ton corps.

Si tu es sceptique je te dirais seulement ces mots: Tu crois que c’est par hasard que tu lis ceci?

Serguéï Faustrollovitch,
maître-tatoueur-implanteur-empailleur-de-moufettes

Le pèlerinage de Faustroll

septembre 27th, 2005 § 2 Commentaires

 

Quête

 

Depuis son virage mystique, Faustroll désirait découvrir le sens de la prophétie qui disait:

À ce sujet, vous connaissez la Main Rouge? Elle a pignon sur le fumoir… Elle vous connait, elle.

Lumière

Faustroll cherchait l’interprétation juste de ces phrases étranges.  Il eût tout-à-coup une illumination intense.  Le sens de ses paroles lui a été révélé.

Non seulement il découvrit que les paroles furent prononcées par le Grand Poulet lui-même, mais aussi l’identité du Grand Poulet.  Il se nomme рабин крамаслабович.  Pour lui rendre hommage Faustroll à entreprit un long pèlerinage où se situe l’antre de ce рабин крамаслабович, dans городе Квебека.


Interprétation

Fumoir était tout simplement un autre mot pour Cheminée.  Faustroll ramena un ensemble d’icônes de son voyage.  Il vous les présente ici avec générosité.

Icônes

Où suis-je ?

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