De rêve elle n’avait que le nom (2)
janvier 22nd, 2007 § 19 Commentaires
La mer frappait avec insistance le rocher sur lequel elle était adossée. On avait choisi celui qui épouserait le mieux la forme de son dos. Puisqu’il était parfait, son dos, il fallait bien un rocher parfait… Autant dire tout de suite que dans notre état, ils l’étaient tous…
Nous n’avions pas de temps à perdre. J’ai relevé sa courte jupe, déplacé sa petite culotte, ouvert mon pantalon…
La brise était douce, dessinant de blondes vagues sur ma chevelure abondante. Nos gémissements étaient dérisoires face à ceux de la mer. La petite mer s’agitait dans tous les sens…
Sa nuque recevait à l’occasion quelques éclats de cette eau saline, tandis que tout son corps était innondé par les rayons vifs de la pleine lune. La lune… Je l’ai remerciée d’être là, si intense, à rendre lumineux mon amour, à me permettre de le contempler.
Pour faire en sorte que cette image si claire soit la dernière accessible à mon regard, Neptune a, dans le tumulte, profité de ma visite au Royaume des Cieux pour me prendre mes verres kaléidoscopiques. Tout comme Cupidon, Neptune rend aveugle.
Daniel
septembre 19th, 2006 § 16 Commentaires
Daniel a 43 ans.
Il magasine depuis quelques mois une Mustang de seconde main. Une Mustang noire, de préférence. Il en rêve depuis plus de 5 ans. Son travail non-syndiqué à l’usine ne lui fournit toutefois pas un salaire assez élevé pour mettre de côté l’argent nécessaire pour se procurer le véhicule convoité tout en assouvissant sa grande passion: les modèles réduits.
Bien qu’il habite toujours chez ses parent, Daniel n’est pas si repoussant. Il est maigre mais sait se défendre. Il arbore la moustache et la casquette Pétro-Canada avec fierté.
Cette casquette est un précieux souvenir qu’il garde de son précédent emploi. Il a été pompiste pendant 15 ans. Ce furent les plus belles années de sa vie. Daniel a eu la présence d’esprit de se procurer un plein bidon d’essence quand il a dû quitter son emploi à cause de la fermeture de l’entreprise. Ce bidon c’était pour lui plus qu’un simple symbole, c’était une grande fierté. Il a placé ce bidon bien en vue sur une étagère de sa chambre, à côté de son cendrier.
Daniel regrette toujours aujourd’hui d’avoir dû quitter son emploi chez Pétro-Canada. Il aimait plus que tout cette routine parfaite et le sourire satisfait de ses clients. C’était sa mission sur terre. Son bonheur.
Dans ce petit bungalow des années 60, dans ce sous-sol, dans cette chambre obscure, dans ces moments où il se sent nostalgique, Daniel s’évade. Pour se remémorer plus intensément ces heureux souvenirs, il retire le bouchon de son bidon d’essence et respire à fond, retient son souffle, puis devient cramoisi. Il retrouve ainsi espoir en la vie. Les effluves d’essences transforment son corps en Mustang 1978.
On peut à l’occasion apercevoir Daniel sur l’autoroute.
Faites l’expérience d’un sommeil profond et réparateur… Faites-en une habitude nocturne!
avril 10th, 2006 § 24 Commentaires
J’écoute présentement le disque Sommeil Profond par Ondes Delta. Ce disque ne contient aucun… aucun message… su… su… bli… mi.. nal… et je… et je… zzz… zzz… zzz…. xxx… zzz… zzz… zzz…
Le Cercle de Faustroll, Oeuvres
février 3rd, 2006 § 19 Commentaires
Le Cercle de Faustroll

Journal du Groupe de Recherche Pluridisciplinaire sur l’Oeuvre et la Vie de Sexy Faustroll (JGRPOVSF)
Vol. 15, Hors-Série (Numéro Spécial)
2 Mars au 2 Avril 2006
100$ en kiosque
La période parisienne de Faustroll,
Oeuvres
Contenu de ce numéro spécial
Éditorial
(par Vanderklutz)
La découverte d’archives inédites de Faustroll a eu l’effet d’une bombe dans les milieux des cercles littéraires. L’effet s’est même propagé jusqu’à leurs périphériques. Grâce à l’aimable autorisation de l’auteur, nous avons pu reproduire ici in extenso la production parisienne de Faustroll. Oui, la Période Parisienne est enfin disponible pour vous, enthousiastes lecteurs de l’oeuvre de Serge Faustroll!
Cette période compte trois textes d’importance inégale à notre opinion. Nous l’affirmons sous toute réserve car la prose et la poésie de Faustroll sont aux lettres ce que sont les truffes pour les porcs. La saveur tendre est souvent enfouie profondément sous les mauvaises herbes…
Le Petit Chaperon Rouge est une métaphore du désir et de la naïveté. Reste à déterminer s’il s’agit de la vraie histoire du Petit Chaperon Rouge…
Nous laisseront de vaillants doctorants y travailler quelques années.
Les deux autres textes n’ont pas la profondeur habituelle, ce sont des combinaisons superficielles de mots. A moins que…
D’ailleurs il est grand temps pour nous de nous effacer humblement devant Faustroll. Devant le Maître.
Nous vous souhaitons bonne lecture!
Le Petit Chaperon Rouge
La petite chambre de Grabuge était vraiment en désordre. Des chaussettes moîtes et grouillantes rendaient hasardeuse toute tentative de circuler dans la pièce sans être pénétré par son insupportable odeur de moisi et sans en venir, sous l’effet des vapeurs nocives, à visualiser un fromage de chèvre asthmatique.
Grabuge est un collectionneur d’images heureuses. Sa folle passion traînait avec elle un plein panier de problèmes de gestion des surfaces verticales. Sa chambre était vraiment minuscule et tous les murs affichaient densément des images récupérées avec précaution dans des endroits suspects.
Il n’y avait guère de place disponible pour y ajouter d’autres trouvailles mais Grabuge revint un soir avec une photographie qui le rendait si hypnotique qu’il se devait de lui trouver une place de choix parmi la foule d’images qui peuplait son lieu de repos et de contemplation.
Comme la pièce était déjà plus que saturée, deux alternatives s’offraient à lui. Soit qu’il décidât de sacrifier l’émouvante image récemment aquise et qui le faisait tant vibrer, c’est à dire le Petit Chaperon Rouge dévorant un grand bol de soupe au chou, ou soit qu’il modérât ses élans de décorateur intérieur et laissât au soleil l’opportunité de lancer ses rayons dans la pièce avec son canon cosmique à longue portée.
Dilemme déchirant…
Tout comme moi, vous connaissez Grabuge et sa morbide propension à attirer le tragique dans le sillage de son aura… Sans surprise, la vocation eut le dessus sur la raison et Grabuge, d’une main souple, plaça sa douce trouvaille avec un enthousiasme débordant sur le dernier espace libre encore à sa disposition: sa fenêtre.
Il sacrifia le soleil et sa lumière intimidante (et oh! tellement photonique…) au profit d’une fillette qu’il connaissait à peine. Grabuge était un être si diurne qu’il n’avait aucune source de lumière artificielle. Pourquoi s’encombrer d’un tel appareillage, disait-il, le soleil n’est-il pas un bulbe immortel? Cette confiance absolue en l’Astre firent qu’une fois la noirceur apparue la peur et l’angoisse prirent Grabuge d’assaut. Il n’avait pas pressenti que le choix qui s’imposait à lui devait être si déchirant. Il n’avait pas pensé qu’un jour il aurait à faire face à une telle situation, que sa chambre ne pouvait manifestement pas stocker et encore stocker des images, à l’infini.
Il épongea subrepticement ses oreilles ossifiées. Je ne comprends pas!, dit Grabuge, laconique. Il posa son pieds sur son lit en cherchant de la main un interrupteur imaginaire qui lui permettrait de retrouver la lumière évanouie. Comment apprécier ses possessions sans éclairage?
Grabuge se tournait nerveusement les pouces.
La foudre malsaine de la compréhension hâtive s’abatît sur lui et il réalisa que la faute en revenait au Chaperon Rouge… Sous l’effet de la colère Grabuge l’insulta. Sans même la voir, il lui cria des mots peu flatteurs, voire blessants: Voleuse! Trou noir! Normalement si doux, si mésadapté, Grabuge atteignait le paroxysme de la férocité, et l’inhabituel de ce comportement hargneux rendait le visage de Grabuge si tendu que l’on croyait possible un déchirement de la peau grasse de ses joues. Terrible colère. Il enfonca même ses ongles dans la froide peau glacée du Chaperon Rouge.
Surprise et gravement blessée à l’épaule, le Petit Chaperon Rouge échappa ce qu’il restait de son repas par terre, victime crispée d’une crise d’injustice.
Le bruit sourd que fit l’éclatement de ce comestible donna à Grabuge le sentiment d’avoir dépassé les bornes, d’avoir été un peu dur à l’endroit de sa dernière trouvaille. Avait-il déjà hausé le ton envers une de ses possessions? Jamais.
Curieusement, on remarqua des résidus de bougies remonter du fond de la mer des chaussettes dans un tourbillon incandescent. Les jolis conglomérats de cire issus du choc entre le bol du Chaperon Rouge et le crâne de Brutus, le fidèle compagnon du locataire des lieux firent leur apparition.
Oh! Incandescence! Du choc avaient émergé des bougies!
Grâce à cette combustion inopinée, il était possible, contre toute attente, de voir dans la pièce. Le pauvre Brutus, sonné, remua la queue, libérant celle-ci de l’emprise de l’inertie.
La lumière émise par ce régiment de bougies permit à Grabuge de constater l’ampleur des dégats. Non seulement des résidus de nourriture jonchaient le sol, mais le Petit Chaperon Rouge était complètement dévêtu, laissant aux yeux de Grabuge une impression qui, visiblement, lui plaisait car il souriait comme on ne l’avait jamais vu sourire. Les dents manquantes du héros lui donnaient un air pervers.
Il s’écria: Voilà le mystère de la nudité percé! Puis il entreprit un examen plus détaillé du frèle corps de la jeune fille. Un instant il songea à griffonner quelques notes sur les caractéristiques majeures de l’anatomie féminine du spécimen qui se trouvait nu, droit devant lui, mais il laissa tomber ce vague projet, trop absorbé à admirer cette délectable feuille de papier bien roulée. Grabuge vivait avec passion ces instants de contemplation.
Il était amoureux.
Il lui demanda sa main, son nez, sa bouche…
Mais déja les bougies avaient brûlé plus qu’il ne fallait. Le corps du Petit Chaperon Rouge devenait plus sombre et Grabuge sentait bien que cet amour nouveau et fort ne durerait pas, qu’elle disparaîtrait en silence, incontournablement, obscurcie par l’hermétique froideur de la nuit artificielle.
La noirceur revint rapidement et, par sa faute, une indiscible tristesse emplit le coeur du jeune solitaire. En quelques instants celui-ci avait détesté puis vénéré une image humaine faite d’encre et de papier. Il passa par toute la gamme des sentiments dans un laps de temps ridicule. Les tourments du bonheur déçu le laissèrent dans un état d’épuisement extrême.
Brutus se relevait péniblement sur les pattes de derrière. Sa tête voulait exploser, on entendait même la minuterie de cette bombe à retardement émettre un tic-tac militaire, régulier. Il parvint à sortir de la prison de coton qui le retenait au sol et erra dans la pièce pour reprendre ses esprits et calmer sa douleur incomprise, subite, que lui causa le violent choc entre le bol du Chaperon Rouge et sa propre tête de chien.
Le fidèle compagnon de Grabuge était affamé. Il n’avait pas mangé depuis longtemps. Il se mit à renifler furtivement à la recherche de chair fraîche quand soudain des effluves divines lui parvinrent au museau. Il avançait lentement en suivant l’odeur, cherchant sa source. Puis d’un geste sec il avala le Petit Chaperon Rouge. Brutus n’était pas un loup, mais quelle différence cela fait-il?
Aussitôt le soleil revint dans la pièce, aveuglant et sphérique. Il poussa Grabuge à mettre la main devant son visage pour éviter d’attraper un vilain coup de soleil sur la rétine. Quand il put à nouveau regarder autour de lui après un courte période d’adaptation, il remarqua que le Petit Chaperon Rouge l’avait quitté. Comment et pourquoi, il n’en savait rien. Il avait cependant persuadé – à juste titre – de ne plus jamais revoir le Petit Chaperon Rouge.
En pleurant à chaudes larmes, il alla chercher un morceau de céleri et l’offrit tendrement à Brutus. Celui-ci, refusant avec dédain, le regarda avec un air malicieux et retourna dans son refuge, repu. Grabuge, étonné, croqua la branche de céleri et alla fermer les volets pour retrouver l’illusion de son amour perdu.
(Sans titre #1)
Délicat museau fané
Donne au monde une odeur de renfermé
Donne au monde une odeur de renfermé
(Sans titre #2)
Samedi matin, libre de son temps, Grabuge alla jeter un coup d’oeil au réfrigérateur en quête d’aliments. Quelle ne fut pas sa surprise de constater qu’il ne restait plus qu’un seul citron et deux oeufs siamois. Il alerta son colocataire, Germain-Luc, à propos de la situation. Ce dernier se prélassait toujours dans son lit chauffant, bien qu’il soit déjà six heures cinq…
-Germain-Luc Réveille-toi! J’ai peur! Il ne reste plus qu’un seul citron et deux oeufs siamois!
Germain-Luc enfila son habit de pompier à la hâte et transforma le citron et les oeufs en purée. Le danger était écarté.
Le Fou Noir (sur blanc)
novembre 3rd, 2005 § 23 Commentaires
Je me présente, je suis le Fou de la Tribu Noire. On me permet de voguer diagonalement sur les cases blanches de l’échiquier sans doubler personne. Telles sont les règles, tel est mon destin.
En fait je passe le plus clair de mon temps dans l’obscurité d’un petit coffre, entassé pêle-mêle sur les autres pièces, Noires comme Blanches, Pions comme Rois. Ici, pas de hiérarchie.
Je crois qu’il y aura match aujourd’hui.
Le coffre est ouvert et les immenses Mains Divines nous placent un à un sur l’échiquier. Ma place est toujours la même. Je la connais trop bien: c’est la case C8. Voilà, j’y arrive. Peu-à-peu mes compagnons d’armes me rejoignent; d’abord en D8, notre Sainteté la Reine, toujours resplendissante; puis le valeureux Cavalier arrive en B8; finalement les Pions sont placés sans délicatesse devant moi par la Main qui a la sagesse de la guerre. Je salue C7, mon Pion. Je suis prêt.
Tous ont retrouvé leur case, autant ma tribu, la Tribu Noire que l’autre, la Blanche. Cette dernière commence, comme l’exige la Loi. Leur main s’approche d’eux:
D2 D4
Le Pion de la Reine Blanche avance. Puis…
C7 C5
C’est mon Pion! Il est déjà loin! Je ne suis guère avancé car l’ouverture est là, certes, mais la Loi m’interdit d’aller droit devant comme le fait la Tour.
E2 E3
Bon, le Pion du Roi Blanc maintenant. Ensuite?
B7 B6
Ça y est! L’ouverture est crée! Le Pion de mon valeureux Cavalier avance… Pensera-t-on à moi un jour?
B1 C3
Ils sortent déjà leur Cavalier? Ah bon.
Oh! Notre main se dirige vers moi! Elle hésite, s’éloigne un peu mais elle revient! Elle me soulève; comme c’est enivrant partir à la guerre… Où vais-je maintenant? Je vais vers A6!
C8 A6
Quel mouvement… mais bref. Trop bref. Je préfère les longs mouvement où je traverse tout l’échiquier, par pure bravade. Je remarque que, dans sa hâte, la main m’a laissé près, très près des limites de notre monde. Quel inconfort que celui de jouxter le… le… le non-échiquier.
C3 E4
Le non-échiquier. Personne n’y a jamais pénétré, ni de la Tribu des Noirs, ni de la Tribu des Blancs. J’en suis si près… Pourrais-je me mouvoir sans la Main? Pourrais-je être ma propre Main? Essayons. Encore.
A6 ~A6
J’y suis! Quelle joie! Et sur une case Rouge authentique! Oh! Toutes les cases ici sont de teintes différentes! Pas de blanc ni de noir, comme c’est étrange. Quel dépaysement.
Essayons la ligne droite… mon rêve de toujours.
~A6 ~A45
Ah! Quelle ivresse me procure un déplacement si long, si rectiligne. Où vais-je maintenant? Arrêtons-nous. Réfléchissons. Je suis un Fou. Je suis un Fou Libre. La Main m’est donc inutile. Elle n’existe que dans la tête de celui qui croit en Elle. La Loi est transgressable. Le libre mouvement n’est pas impossible.
Je serai donc un hors-la-Loi désormais…
Quelle est la limite de l’exploration du non-échiquier? Le plus loin que je puisse voir, il n’y a que taches multicolores. Suis-je seul? Abolissons les conventions de positionnement puisqu’elles n’ont pas leur place ici. Voilà, c’est fait.
Je suis fatigué. Toute cette nouveauté m’a épuisé. J’aimerais bien retrouver la quiétude de ma boîte de rangement mais c’est impossible, pas maintenant. Réfléchissons encore: "il n’y a pas d’attaque ni de défense, il n’y a que du positionnement". D’accord mais où suis-je donc? Sur une case jaune, soit. Mais comment me positionner dans l’inconnu? Relativement à quoi?
Cette exploration est exaltante mais je suis seul à la vivre. Ça suffit, rentrons. Humm… Comment faire?
J’entends un bruit. Oui, ce bruit est de plus en plus fort. De quoi s’agit-il?
Oh! c’est un immense tuyau! Que vois-je? Ce tuyau aspire tout! Non! Non! N…
[Après cette tragique disparition on a remplacé le Fou Noir par une matriochka zélée en porcelaine. Les Noirs gagnent toujours depuis ce temps.]